Rainier Lericolais est musicien, spécialiste du « sampling », c’est-à-dire d’une technique de montage sonore faite sur l’ordinateur. Il précise :
« Grâce à la musique sur ordinateur, on voit le son, on le visualise : ainsi, le son est pour moi avant tout un dessin, de même que dans les arts plastiques, c’est le dessin qui m’intéresse ».
Un de ses amis musiciens qui le connaît depuis longtemps a une formule simple :
« Loin des concepts, Rainier propose une méthode d’écriture (à l’oreille et à l’œil) héritée d’une culture pop et rock ».
Rainier Lericolais est également plasticien, dont la démarche originale peut paraître hétéroclite, en tout cas discontinue. Quel rapport entre des sculptures en carton, des photographies d’écrans de télévision qui s’éteignent, des tentatives de moulages d’eau ou d’explosions, des « dépeintures » et autres transferts ?
Comme l’analyse très finement Julie Ramos, « ces objets et ces images n’appellent pas de dénouement, au sens d’une interprétation définitive… » et « dérivent souvent d’un jeu de dissimulation du médium (téléviseur, scanner, webcam, Héliophore ou geste de l’artiste) ».
Plus loin dans son étude très détaillée, elle souligne que « le doute intéresse plus l’artiste que la virtuosité et que ses propositions récentes continuent à brouiller la frontière qui sépare depuis la Renaissance les savoirs techniques des savoirs artistiques, l’artisanat et l’art ».
L’exposition Volume 4 organisée ce printemps 2012 entend montrer toutes les facettes plastiques de l’œuvre de Rainier Lericolais que le public a pu régulièrement apercevoir par fragments depuis une dizaine d’années
(1). Il ne s’agit pas d’une rétrospective mais plutôt d’un florilège représentatif, une sorte de vaste cabinet de curiosités, « emblème d’un regard ouvert à l’étonnement et à la contamination réciproque des choses, des significations et des imaginaires…
Chez Lericolais, le curieux peut se faire amateur, voire connaisseur, contre l’esprit d’ordre qui s’est longtemps attaché à les distinguer pour mieux les hiérarchiser. Ménager la possibilité d’accéder à plusieurs lectures des images permet à chacun de tracer ses chemins buissonniers».
Cette exposition s’accompagne du magnifique ouvrage « Rainier Lericolais Volume 1 » coédité par les éditions Roven, le Domaine départemental de Chamarande et le FRAC Limousin. Volume 2 est le titre du CD contenu dans l’ouvrage. Volume 3, le nom de l’édition de tête, numérotée et signée par l’artiste.
Toutes les citations sont extraites de ce livre.
(1) Les relations entre l’artiste Rainier Lericolais et le FRAC Limousin remontent au début des années 2000. Régulièrement invité à participer à des expositions thématiques (sur le décoratif, les relations entre art et télévision, etc.), nous avons pu, année après année, voir évoluer sa démarche et rassembler des œuvres diverses - un ensemble de neuf œuvres à ce jour - qui montrent le goût de l’artiste pour l’expérimentation technique et esthétique et sa volonté permanente de faire apparaître de nouvelles images.